COP21 : la ville qu’il nous faut construire est à portée de main !

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Une place, une rue, un quartier, une ville, une métropole qui s’adaptent au changement climatique, c’est possible !

Il peut suffire de peu de moyens mais d’une bonne dose de volonté politique.

Nous présenterons des solutions concrètes qui existent déjà ailleurs, et qui pourraient inspirer Bordeaux.

 

Réduire nos émissions de gaz à effet de serre

– Créer des quartiers à très faible émission de polluants atmosphériques, à l’image des zones à circulation restreinte qui existent déjà dans 200 villes européennes.

Constat Ces zones ont fait leurs preuves au service de la qualité de l’air : si les impacts de la mise en œuvre d’une telle zone ne sont pas identiques d’une expérience à l’autre, dans tous les cas, des réductions sont observées sur les concentrations en dioxyde d’azote (de l’ordre de 1 à 10 %) et sur les concentrations en particules PM10 (jusqu’à 12 % de réduction moyenne annuelle et jusqu’à 16 jours de dépassement de la valeur limite journalière évités).

– Généraliser les axes de circulation en zone 30 et les doubles sens cyclistes

Exemple : 43 maires de l’agglomération de Grenoble ont décidé la généralisation des zones 30 à partir de 2016.

Place Gambetta En attendant la rénovation complète de la place en 2018, il suffit au Maire de Bordeaux de faire un arrêté pour limiter la circulation à 30km/h sur la Place Gambetta, qui accueille une des uniques place-jardin de la ville. C’est ce que nous avons demandé depuis mars 2013 malheureusement sans être entendus.

– Favoriser et sécuriser la circulation des vélos, notamment sur les boulevards. Systématiser les pistes cyclables aux abords des écoles pour y apaiser la circulation.

Constat : Plan vélos de la métropole en rétropédalage sur le budget (de 39M à 30M€ sur 8 ans 2012-2020), les aménagements, les arceaux dans les parkings, les maisons du vélo, le réseau express à haut niveau de service de 137 km…

Exemple :

piste cyclable boulevards

piste cyclable boulevards

Cette proposition illustrée permettrait de sécuriser rapidement les boulevards de Bordeaux, en attendant une étude de requalification globale, sans remettre en cause le stationnement en épi des véhicules.

– Dédier la 3e voie de la rocade au covoiturage et aux transports en commun (BM)

– Etendre la zone sans voitures tous les dimanches et les mois d’été (notamment en août)

– Encourager la marche à pied, qui favorise la découverte et les rencontres, en sus de ses vertus pour la santé.

 

Engager la transition énergétique

– Promouvoir les économies d’énergie et les énergies renouvelables pour tendre vers une ville à énergie positive

Conformément aux préconisations de  l’appel de Bordeaux du 29/01/2015, à l’instar de ce que Munich est en voie de réaliser à l’horizon 2025.

Faire le choix d’un fournisseur d’énergie 100% renouvelable engagé dans l’économie sociale et solidaire comme Enercoop Aquitaine.

– Systématiser la pose de panneaux solaires sur tous les nouveaux bâtiments municipaux ou financés par des fonds publics.

Constat Le toit du gymnase Virginia aurait dû accueillir 1000m2 de panneaux solaires, au final ce sera 90m2[1]. Systématiser la pose de toitures photovoltaïques coûte plus cher à court terme mais permet de réaliser des économies sur le long terme.

Le nouveau stade de Bordeaux flambant neuf ne comporte que 750m2 de panneaux pour une toiture globale de 36000m2.

– Renforcer les clauses environnementales dans tous les marchés publics.

Constat  Seuls 6,7 % des marchés publics passés en 2013 comportent une clause environnementale. Les clauses environnementales existantes sont généralement perçues comme complexes.

Exemple Aujourd’hui à Paris, plus de 50% des appels d’offre contiennent des clauses environnementales.

– Promouvoir le désinvestissement carbone.

Constat Il s’agit d’influencer les choix des opérateurs financiers à ne plus investir dans les secteurs d’activités polluants et consommateurs en ressources fossiles.

Exemple Quatre investisseurs institutionnels de la sphère publique, le groupe Caisse des Dépôts, l’ERAFP, le FRR et l’Ircantec, qui gèrent ensemble 82 milliards d’euros se sont engagés à publier l’empreinte carbone de leur portefeuille à fin 2015. Le conseil de Paris et le conseil régional d’Ile de France ont demandé aux organismes de retraite des élu-es par capitalisation (épargne retraite de la CAREL et du FONPEL) d’engager le désinvestissement de leurs placements dans des entreprises et projets liés à l’exploitation des énergies fossiles.

– Imposer, dans le cadre de la révision du PLU, des zones de performance énergétique renforcée selon les lois « Grenelle ».

Constat Cela permettrait d’éviter la réalisation de bâtiments d’habitations complètement noirs, qui attirent la chaleur, tels qu’il en existe dans le nouveau quartier (soit disant éco) de Ginko, ou aux Bassins à Flot[2].

batiments noirs ginko

batiments noirs ginko

Exemple En 2010, la Ville de Montréal a par exemple modifié son règlement d’urbanisme. Désormais les nouvelles constructions ou rénovations majeures doivent être réalisées en conformité avec des critères éco-énergétiques ou écologiques.

– Lancer un plan de rénovation énergétique de l’habitat ancien, pouvant reposer sur une exonération, totale ou partielle de la taxe foncière pour encourager les initiatives

Végétaliser la ville

– Multiplier les îlots de verdure dans les rues, sur les murs et toitures, planter des arbres partout dans la ville pour reconquérir la biodiversité perdue.

– Préférer la présence de l’eau et des végétaux à la minéralisation et mettre un terme à l’imperméabilisation des sols en cours pour éviter les îlots de chaleur

Constat : La ville de Bordeaux par la voix d’Anne Walryck, adjointe au maire et vice-présidente de la métropole chargée du développement durable, déclare planter 1000 arbres par an. 4500 arbres vont être plantés à terme sur le Parc aux Angéliques en bords de Garonne. Nous nous en réjouissons. Cependant, la priorité pour rafraîchir la ville est d’installer plus d’arbres sur les places très minéralisées telles que les places Pey Berland, Saint-Michel, Saint-Projet, place de la Comédie, Paul Doumer, Stalingrad, square des commandos de France…

Exemple :

batiments noirs ginko

batiments noirs ginko

Pour cela des solutions simples sont accessibles comme la réalisation de bacs amovibles qui pourraient intégrer des bancs publiques pour allier, soyons fous, végétalisation et convivialité. Ces îlots « Mobile Green » de la Collection végétalisation urbaine de la société « Streetlife » sont des compartiments de végétation mobiles dotés d’assises. Ils se posent à même le sol. Leur structure de base est constituée de modules en plaques d’acier qui se montent très rapidement. Il est possible d’installer un ou plusieurs arbre(s) dans les îlots, chacun pouvant être planté dans son propre bac[3].

– Créer des jardins partagés et des jardins verticaux dans tous les quartiers. Supprimer les friches industrielles en permettant le jardinage de tout espace délaissé ou laisser libre-cours au tiers-paysage pourvoyeur de biodiversité

Exemple Le permis de végétaliser de la ville de Paris pour devenir un véritable acteur de la végétalisation urbaine

– Mieux accueillir l’apiculture en ville par l’ajout de ruches et le soutien aux apiculteurs urbains

Exemple du Centre social et culturel du Réseau Paul Bert. En 2015, le CSC inaugure des animations agroécologiques dans son jardin d’altitude sur le toit terrasse de son immeuble en plein centre de Bordeaux : 140m2 avec 6 carrés potagers, 6 ruches, 1 poulailler.

Assainir notre alimentation

– Promouvoir la souveraineté alimentaire du territoire.

– Renforcer les approvisionnements « locaux et bios » des établissements de la ville : généralisation de la nourriture bio et locale (rayon de 250 km max) dans les crèches, les cantines et les repas séniors en vue d’un objectif de 100% d’ici à 2020. Mettre en place au moins un repas végétarien par semaine.

Exemple : Tous les restaurants scolaires de l’agglomération paloise proposent désormais un menu végétarien. Sur 5.200 enfants inscrits à la cantine dans les écoles de l’agglomération paloise, 1.200 (23%) ont choisi le menu végétarien. La mesure est déjà appliquée dans plusieurs municipalités : à Lyon depuis 2008, à Perpignan depuis juin, à Toulouse depuis la rentrée.

– Développer l’agriculture urbaine.

Exemple : La ZAUÉ, Zone d’Agriculture Urbaine Expérimentale de Darwin. L’objectif de la ZAUÉ est de créer un démonstrateur d’agriculture urbaine permettant d’expérimenter de nouvelles techniques (permaculture, aquaponie, micro-culture, entomophagie…) et de faire émerger des modèles reproductibles.

– Lutter contre le gaspillage alimentaire (20kg/pers./an)

Mieux traiter nos déchets

– Mettre en œuvre le « territoire zéro gaspillage zéro déchet » suite à la réponse de l’appel à projet du ministère de l’écologie

Constats Sur les 26 millions d’euros d’actions prévus dans le plan déchets de la métropole voté en mai 2015, seuls 500 000€ sont directement affectés aux actions de prévention via la poursuite du programme local de prévention des déchets, soit moins de 2 % !

La politique « zéro déchet » n’est pas respectée au niveau des événements municipaux : lors de la dernière fête du fleuve : 520 000 participants et autant de gobelets en plastique partis à l’incinérateur !

– Repenser entièrement la collecte des déchets en centre-ville, installer des bacs collectifs esthétiques.

Exemple  Un « éco-point mobile ». Cette initiative a été plébiscitée par les Parisiens lors de la première édition du budget participatif l’an dernier.

Du mardi au samedi, quatre remorques grises stationneront désormais dans les lieux les plus fréquentés de chaque arrondissement pour récupérer les déchets toxiques et les petits encombrants des Parisiens (piles, aérosols, poussettes, ordinateurs…).

– Développer le compostage individuel et collectif des biodéchets. Encourager le compostage de proximité.

– Créer et soutenir un réseau de ressourceries / recycleries pour favoriser la récupération et le réemploi des objets délaissés.

A l’instar des boîtes à lire, aujourd’hui largement répandues sur notre territoire, nous pourrions mettre rapidement en place des « boites à donner » comme cela existe déjà depuis 4 ans à Berlin[4].

boite a donner

boite a donner

Exemple : le collectif d’artiste La Chiffonne Rit basé à la Bastide a récemment réalisé la 1ère boîte à donner bordelaise.

– Promouvoir l’économie circulaire (qui réutilise ce qui a été produit).

Introduire et donner du poids aux clauses d’économie circulaire dans les marchés publics

Constat  Il n’y a pas, à l’heure actuelle, d’indicateurs objectifs précis pour des clauses propres à l’économie circulaire.

Exemple Le Grand Paris, en lien avec différents partenaires (ADEME, ARENE, Groupe des acheteurs publics responsables, etc.), envisage de développer des clauses incitatives et valoriser les projets qui les auront intégrées. Seraient considérés dans ces clauses à la fois des aspects amont (écoconception, phase d’utilisation des produits) et des aspects aval (réemploi, fin de vie des produits).

– Aménagement public : expérimenter de nouvelles pratiques de maîtrise d’ouvrage public pour bâtir en économie circulaire. Privilégier la rénovation plutôt que la démolition.

Exemple stade Galin : le sort des tribunes est en sursis.

Dynamiser l’économie de proximité

– Créer une monnaie locale complémentaire pour soutenir le commerce et l’artisanat de proximité. Développer et fédérer les initiatives de systèmes d’échange local (SEL)

– Soutenir l’économie sociale et solidaire : favoriser l’installation d’entreprises sous forme de coopérative et l’accès aux marchés publics.

– Aider les initiatives d’économie collaborative et du partage (logement, parkings, jardins, voitures…).

Démocratiser la gouvernance  municipale

– Initier la démocratie participative : formations citoyennes, référendums d’initiative locale, e-pétitions et procédure d’alertes citoyennes.

Exemple « l’e-pétition » est la possibilité pour les administrés d’interpeller le Conseil Municipal par le biais de pétitions électroniques ou manuscrites sur tous les sujets relevant de la compétence municipale.

Pour être proposée au Conseil de Paris une pétition doit obtenir 1% de signatures émanant de Parisiens majeurs.

– Rapprocher l’administration des citoyens via le numérique avec l’Open data et l’Open gouvernance, mettre en ligne toutes les données publiques de la Ville en privilégiant les formats ouverts.

– Elire démocratiquement l’ensemble des membres des conseils de quartier et créer des budgets municipaux collaboratifs dans chaque conseil de quartier.

Exemple Instaurer de véritables budgets participatifs comme c’est le cas à Paris ou à Rennes. Les projets proposés par les administrés sont souvent bénéfiques pour la cause climatique (végétalisation, jardins partagés…) ou pour le mieux vivre ensemble (projet culturel, social, sportif…)

[1] http://www.sudouest.fr/2014/05/29/chers-panneaux-solaires-1569843-2780.php

[2] http://bet-ecic.fr/4-idees-decic-pour-rafraichir-bordeaux-metropole/

[3] http://www.streetlife.nl/fr/bacs-a-arbre?gclid=COPIkpz_1ccCFcoBwwodY6kA9Q

[4] http://www.consoglobe.com/givebox-boite-don-cg

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