Désinvestissement des fonds liés aux énergies fossiles : notre vœu a été adopté à l’unanimité en conseil municipal de Bordeaux

Puits de pétrole - commons wikimedia

A quelques jours du coup d’envoi de la COP 21, le conseil municipal de Bordeaux a adopté hier à l’unanimité le vœu proposé par le groupe des élu-es écologistes, relatif à un engagement de la ville de Bordeaux en faveur du désinvestissement dans les secteurs contribuant au dérèglement climatique. Le Maire de Bordeaux a proposé le vote de ce vœu après avoir demandé de retirer la phrase suivante : « La ville de Bordeaux s’engage à inciter les établissements bancaires et financiers avec lesquels elle contractualise à désinvestir leurs fonds dans le secteur des énergies fossiles ».

En dépit de ce retrait que nous regrettons, nous sommes satisfait d’avoir contribué à la prise de conscience des conseillers municipaux, et, nous l’espérons, plus largement des Bordelais, de l’impact des groupes financiers et des fonds d’investissement dans la lutte contre le réchauffement climatique, quand 90 entreprises de la filière des énergies fossiles sont responsables des 2/3 des émissions mondiales des gaz à effet de serre.

Le désinvestissement dans les énergies fossiles est une absolue nécessité : pour maintenir le réchauffement climatique en deçà des 2°C d’ici la fin du siècle, objectif principal de la COP21, il est indispensable de laisser dans le sous-sol près de 80 % des réserves connues d’énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz).

Si les Etats et les collectivités publiques peuvent agir concrètement en matière de lutte contre le changement climatique par une réduction drastique de leurs émissions de gaz à effet de serre via une diminution des consommations, une action déterminée sur la production même de ces énergies fossiles s’avère indispensable : aujourd’hui pour 1€ investi dans les énergies renouvelables, 4€ le sont dans les énergies fossiles, dont une partie via des subventions publiques.

Nous avons demandé dans le vœu, et il a été adopté ainsi, que la ville de Bordeaux s’engage à faire connaître ses initiatives dans une campagne sur le désinvestissement des énergies fossiles et souhaitons qu’elle s’y engage le plus promptement possible, au vu des enjeux et de l’urgence climatique.

Voici le vœu présenté, avec la phrase qui n’a pas été adoptée :

Conseil municipal de Bordeaux du 23 novembre 2015 – vœu présenté par le groupe écologiste

Vœu relatif à un engagement de la ville de Bordeaux en faveur du désinvestissement dans les secteurs contribuant au dérèglement climatique

 Le mouvement international en faveur du désinvestissement des fonds publics et privés dans les entreprises d’énergies fossiles part d’un constat simple : 90 entreprises de la filière des énergies fossiles sont responsables des 2/3 des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les Etats et les collectivités publiques ne peuvent plus prétendre baisser les émissions de gaz à effet de serre en se bornant à contraindre leur consommation d’énergies fossiles et en n’agissant pas pour limiter leur production, voire en l’encourageant via des subventions massives : aujourd’hui pour 1€ investi dans les énergies renouvelables, 4€ le sont dans les énergies fossiles.

En incitant au retrait des participations et placements financiers dans les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) le mouvement international en faveur du désinvestissement entend rediriger ces capitaux vers l’efficacité énergétique et la production d’énergies renouvelables.

Le désinvestissement dans les énergies fossiles est donc une absolue nécessité car l’on sait désormais l’objectif des 2°C n’est réalisable que si 80 % des réserves connues d’énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz) restent dans notre sous-sol.

Pour l’heure, 456 institutions à travers le monde ont pris part à cette campagne pour le désinvestissement, le montant total des actifs cumulés de ces institutions s’élève à 2400 milliards d’euros. Ainsi la fondation Rockefeller a annoncé dès 2014 qu’elle allait retirer tous ses actifs investis dans le secteur des énergies fossiles. Les géants français Axa et Crédit Agricole ont annoncé au printemps 2015 qu’ils se retiraient du charbon, l’énergie fossile la plus polluante, sans renoncer à toutes les énergies fossiles. Le fonds souverain norvégien, le plus grand fonds d’investissement au monde, a annoncé son retrait du financement des énergies fossiles en juin dernier, pour un montant de 6.5 milliards d’euros…

A l’occasion du Sommet mondial Climat et Territoires organisé par Cités et Gouvernements Locaux Unis début juillet 2015, Janos Pasztor, sous-secrétaire général des Nations Unies aux changements climatiques, indiquait que les solutions réelles sur le terrain étaient déjà beaucoup plus en avance que les gouvernements dans les négociations.

43 villes dans le monde ont pris des résolutions de désinvestissement. Cette campagne connaît une vraie dynamique dans laquelle la ville de Bordeaux, initiatrice et signataire de l’ « appel de Bordeaux » du 29 janvier 2015, visant à « répondre à l’urgence du défi lié au dérèglement climatique » doit prendre toute sa place, à quelques jours de la COP21.

C’est pourquoi, afin de s’engager entièrement dans le désinvestissement des fonds liés aux énergies fossiles, le conseil municipal, réuni le 23 novembre 2015, émet le vœu que la ville de Bordeaux :

– s’engage à inciter les établissements bancaires et financiers avec lesquels elle contractualise, ainsi que les organismes de retraite des élus et des agents municipaux à désinvestir leurs fonds dans le secteur des énergies fossiles, pour réinvestir dans le secteur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, particulièrement auprès de la CNRACL -Caisse Nationale des Retraites des Agents des Collectivités Locales-, de  l’IRCANTEC -qui gère les retraites complémentaires-, de l’ERAFP -fonds de pension gérant les retraites additionnelles de la fonction publique dans le cadre de la réforme de 2003- en ce qui concerne les salariés de la fonction publique,  ainsi qu’avec la FONPEL et la CAREL (fonds de pension pour les élu-e-s)  ;

– s’engage à faire connaître ses initiatives dans une campagne sur le désinvestissement des énergies fossiles ;

– demande à ce qu’un point d’étape régulier soit fait sur la mise en œuvre de ce vœu.

 

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