Emploi, écologie, impôts, énergie, santé – notre compte-rendu du conseil municipal du 29 mars 2016

Pierre Hurmic Delphine Jamet

Le conseil municipal a commencé par une minute de silence en hommage aux victimes des attentats de Bruxelles. Pierre Hurmic est intervenu pour demander que cette minute soit également dédiée aux victimes des attentats de Lahore au Pakistan. Remarque à laquelle Alain Juppé s’est associé.

Pierre Hurmic est ensuite intervenu sur la thématique du Grand Port maritime de Bordeaux, rappelant que celui-ci visait à devenir pionnier en France sur le thème de la transition énergétique, via le développement des ENR, la promotion de l’économie circulaire, et la réduction de la consommation de fioul lourd. Il a rappelé que lorsque nous avons dénoncé la pollution des navires de croisière durant l’été 2015 (en s’appuyant sur le constat édifiant de l’association France nature environnement dans le port de Marseille), nous avions proposé une alimentation électrique des navires à quai, qui est une solution envisagée à Marseille, mais aussi dans de nombreux ports européens (en Suède, en Finlande, en Belgique, aux Pays-Bas…).

Contrairement à ce qu’affirmait Mr de la Giroday dans les colonnes de Sud-Ouest en novembre dernier, les navires de croisière continuent de polluer beaucoup plus que les véhicules qui circulent le long des quais de Bordeaux (3500 x + quand ils naviguent et 100 x+ quand ils sont à quai).

Cette année 52 paquebots de croisière s’arrêteront à Bordeaux. Nous souhaitions donc savoir où la municipalité en était des propositions qu’elle comptait faire lorsque nous vous avons saisi il y a de cela déjà plus de 8 mois.

Concernant la politique de l’emploi, Delphine Jamet est intervenue de manière plus générale suites aux propositions du candidat Alain Juppé à l’élection présidentielle :

« Je vous ai entendu, monsieur le Maire, dans l’émission C Politique (de France 5), nous dire que l’emploi serait votre priorité en tant que Président de la république et qu’il fallait revenir aux 39 heures hebdomadaires. J’aimerais savoir quel homme politique n’a pas dit que l’emploi était sa priorité depuis 40 ans ?
Or, depuis 40 ans, les politiques de l’emploi échouent. Une des seules embellies en termes de création d’emplois est venue de la loi Aubry sur la réduction du temps de travail qui a abouti, selon l’Insee à la création d’environ 350.000 emplois entre 1998 et 2002. C’est aussi, d’après l’enquête parlementaire de 2014, la politique la plus efficace et la moins coûteuse depuis les années 1970.
Alors pourquoi ne pas essayer d’innover et passer aux 32 heures ?
Passer à la semaine de quatre jours obligerait aussi les entreprises à embaucher.
Dans une entreprise très concurrentielle de l’industrie agro-alimentaire, par exemple, tous les employés sont passés à quatre jours, et 130 emplois ont été créés, en bloquant les salaires pendant un an.
La réduction du temps de travail est aujourd’hui le levier le plus puissant dont nous disposons pour sortir du chômage de masse.
Un autre levier puissant pour l’emploi est la transition énergétique. Ce n’est pas nous qui le disons mais plusieurs études concordantes dont une étude de l’Ademe et de l’OFCE conclut que la transition énergétique générera 330 000 créations d’emplois non délocalisables d’ici à 2030 et 825 000 d’ici à 2050.
Par ailleurs, la réduction du temps de travail aurait également un impact sur les comportements polluants des travailleurs, tels que l’usage de la voiture pour gagner du temps, l’achat de plats préparés à l’extérieur, ou le choix d’objets quasi-jetables plutôt que la réparation chez soi, et d’autres comportements générés par le stress. La semaine de quatre jours limiterait ainsi, les émissions de gaz à effet de serre.
Je ne parlerais pas ici du revenu de base, qui complèterait cette politique innovante car nous en avons fait notre tribune politique dans le magazine de la ville ce mois-ci.
Mais, je finirais par ces quelques mots empruntés, à Eloi Laurent, économiste à l’Ofce et enseignant à Stanford et à Sciences Po :
 » la compétitivité ne se réduit pas au cout du travail mais au bien être des salariés et à leur santé »,
« la croissance économique n’est pas la finalité, la finalité c’est le bien être humain et le fait de respecter la contrainte écologique  »
Monsieur le maire, nous considérons que le modèle que vous nous promettez, dans le cadre de votre campagne présidentielle me semble correspondre davantage à une régression qu’à un progrès social. Dans le domaine de l’emploi aussi ce n’est pas avec les vieilles recettes d’il y a 40 ans mais avec des propositions innovantes qu’on résoudra le problème de l’emploi.
Je vous remercie. »

Dans le cadre du vote des taux d’imposition 2016, Pierre Hurmic est intervenu pour mettre en exergue l’augmentation de la pression fiscale subie depuis plusieurs années par les contribuables bordelais : « Entre 2010 et 2016, le total du produit fiscal a augmenté de 18.8% (de 181.5 M€ à 215.7 M€) alors que le nombre des foyers fiscaux n’a progressé que de 5.27% (de 144 579 à 152 201). Ce qui nous prouve bien que les Bordelais subissent une pression fiscale de plus en plus importante. »

Concernant le futur gymnase de Ginko, il a souligné le manque d’ambition du projet en matière de développement durable alors que la délibération indique qu’il sera exemplaire : « mis à part le raccordement au réseau de chaleur, il n’y a rien sur la réduction des déchets à la source, rien sur la récupération des eaux pluviales, rien sur la sobriété énergétique, ni sur la réduction des consommations d’eau et des déchets… Un focus est fait uniquement sur la qualité de l’air intérieur alors qu’il est écrit « Cet équipement qui s’inscrit dans un éco quartier sera exemplaire en matière de protection de l’environnement et du développement durable ». Le bâtiment aurait pu être plus ambitieux en étant à énergie positive BEPOS (avec apport de panneaux photovoltaïques qui n’est pas prévu). Le bâtiment aurait aussi pu proposer une alimentation électrique 100% renouvelable dans le cadre de l’économie sociale et solidaire. Pour information, de nombreuses collectivités locales sont passées à ce type de fournisseur (Enercoop): Nantes Métropole, l’agglomération du Grand Angoulême, la ville de Lille, la ville de Rennes, la Région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées… »

Delphine Jamet est ensuite intervenue sur la question de la précarité énergétique, à travers une délibération sur le service local d’intervention pour la maîtrise de l’énergie (SLIME) :

« Vous nous présentez aujourd’hui une délibération relative au SLIME, Service Local d’Intervention pour la Maitrise de l’Energie de Bordeaux. Ce service a pour objectifs de repérer, d’accompagner et d’améliorer les conditions d’habitat des ménages bordelais en situation de précarité énergétique. Ce dispositif, actif depuis 2013, doit permettre à la ville de Bordeaux d’agir contre la précarité énergétique. En 2013-2014, 200 ménages Bordelais ont été accompagnés, en 2014-2015, l’objectif était de 400 ménages.
Si nous nous réjouissons que ce dispositif ait été mis en place à Bordeaux.
Je tiens à souligner aujourd’hui qu’il est temps d’accélérer le rythme. En effet, si les objectifs 2014-2015 ont été atteints, nous en sommes, d’après mes calculs à 4,6%, des ménages vivant en situation de précarité énergétique accompagnés par le SLIME (la ville estimant à 13000 le nombre de ménages se trouvant en situation de précarité énergétique).
A ce rythme, en prenant la moyenne des ménages accompagnés en deux ans, à savoir 300, il faudra plus de 43 ans pour réaliser des diagnostics et accompagner les ménages les plus précaires sur cette question fondamentale qui permet non seulement de lutter contre la pauvreté mais aussi contre le réchauffement climatique !
Enfin, pour revenir au cœur de la délibération, à savoir l’aide à l’acquisition d’électroménager moins energivore ou à faible consommation d’eau, je tiens encore à souligner le fait que si la consommation électrique de ces appareils peut être une partie du problème elle reste tout de même anecdotique comparée aux questions d’isolation des logements. Or, le montant alloué au remplacement des appareils électroménagers et aux travaux d’urgence est pratiquement le même (16000 € contre 20000 € euros pour les travaux) et surtout les plafonds alloués par ménage sont identiques… Soit une limitation de 500 euros par foyer. Vous conviendrez tout de même que changer des fenêtres est bien plus cher qu’un frigo !

Aussi, je vous demande Monsieur le Maire, de revoir à la hausse, dans la prochaine convention avec le SLIME les sommes allouées pour la lutte contre la précarité énergétique et en particulier pour les travaux d’urgence. Et d’engager une vraie politique d’efficacité énergétique à destination des plus vulnérables de nos concitoyens. Je vous remercie. »

Concernant la création d’un pôle social sur la ZAC Ravezies, Delphine Jamet est intervenue pour saluer cet effort de mutualisation des structures (Halte de nuit, les Restos du coeur et le CHRS des Capucins) tout en regrettant que cette opération n’ait visé qu’à seulement reconstituer le nombre de places déjà existantes sans en créer une seule nouvelle. Au vu des besoins en hébergement d’urgence et en hébergement d’insertion sur la métropole,  sans être follement ambitieux, nous aurions peut-être pu envisager de passer de 38 places de CHRS à un tout petit peu plus ? Quant à la Halte de nuit, nous ne savons pas si elle accueillera plus de sans domiciles fixes ou pas ?

Nous rappelons que chaque soir ce sont, d’après les travailleurs sociaux du 115, entre 150 à 200 personnes (hommes, femmes et enfants) qui ne peuvent être prises en charge par le 115, sans compter ceux qui ont renoncé à contacter ce service à force de refus. Certes Bordeaux ne peut accueillir toute la misère de la métropole mais quelques places supplémentaires n’auraient-elle pas été bienvenues compte tenu des besoins ?

En outre, nous regrettons que le bâtiment ne soit pas doté d’un terrain adjacent (même petit) qui aurait pu être intéressant dans le cadre de la mise en place d’un atelier jardin pédagogique par exemple (comme les jardins de cocagne ou les jardins du cœur).

Pierre Hurmic a ensuite profité d’une délibération sur le mécénat culturel du château Haut Bailly pour saluer l’arrivée de la nouvelle directrice des affaires culturelles de la ville de Bordeaux, Claire Andriès, et revenir sur la nécessité de la responsabilité des élu-e-s face aux dangers des pesticides et des cocktails phytosanitaires utilisés dans la viticulture, notamment en Gironde. Il rappelle l’interview de Franck Dubourdieu dans le Journal Sud-Ouest. « Dans ce dossier pesant que le ministre de l’Agriculture qualifie lui-même de « bombe à retardement », une autre menace se profile : le jour très proche où les enquêtes vont se multiplier sur les pesticides, dans un contexte impitoyable de concurrence. « Bordeaux bashing », bien réel, pourrait alors ajouter la capacité de nuisance à l’idée répandue des vins chers. « Personne ne va hélas se priver de taper sur les Bordeaux, soupire-t-il, les derniers de la classe en agro bio, avec 5,2 % de la surface certifiée en 2014. »
Il demande que la cité du vin soit exemplaire en la matière. Alain Juppé acquiesce : « le vin bio c’est l’avenir ! »
Nous espérons que la La Cité du Vin saura s’en inspirer !

Sur le contrat local de santé, Delphine Jamet salue l’engagement de Nicolas Brugère à faire un bilan d’étape « à mi-parcours » du contrat local de santé, retracé dans la délibération.
Nous aurions aimé pouvoir disposer de cette même méthodologie concernant l’agenda 21 de la ville !
Concernant l’Axe 4 du contrat local de santé qui s’intitule « Aménager des cadres de vie favorables à la santé », Delphine Jamet s’interroge sur la différence de traitement de la pollution de l’air intérieur et extérieur en fonction des collectivités : un contrat de santé métropolitain est en cours d’élaboration, piloté par Anne Walryck, et traiterait de la pollution de l’air extérieur.
Donc la question de la pollution de l’air intérieur serait traitée par la ville et la pollution de l’air extérieur par Bordeaux Métropole…
Et pourtant le service hygiène et santé de la ville (qui est passé à la métropole depuis janvier 2016) se dit incompétent pour mesurer les nuisances olfactives (de l’air intérieur comme de l’air extérieur), alors que celui de la Ville de Toulouse l’est ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Concernant le zéro phyto, Nicolas Brugère nous a appris en commission qu’une demande va être faite aux bailleurs privés pour ne plus utiliser de produits phytosanitaires dans leurs parcs privés. Puis la ville s’attaquera ensuite au reste des jardins privés, plus difficiles à toucher. C’est une très bonne chose, à l’heure où l’on trouve encore du Round up (glyphosate) en tête de gondole dans les jardineries.
Enfin, Mr Brugère a également reconnu  que le bilan du contrat local de santé était plus faible concernant la prise en charge des enjeux de santé mentale alors que « 50% des suicides en Gironde ont lieu sur le territoire bordelais ». Nous confirmons qu’il s’agit là d’un enjeu extrêmement préoccupant de santé publique que nous vous encourageons, en effet, à renforcer, notamment via la question de l’amélioration du lien social, en particulier auprès des publics les plus vulnérables.

Delphine Jamet est ensuite intervenue pour exprimer son indignation quant à l’état de délabrement du Lycée horticole Camille Godard de Bordeaux.

L’équipe administrative, éducative et pédagogique du Lycée horticole de Bordeaux a écrit au Maire en novembre 2015 afin de connaître ses intentions concernant cet établissement qui voit ses infrastructures se dégrader, d’année en année, au point de ne plus répondre aux exigences des normes de sécurité d’accueil du public scolaire. A ce jour, ils n’ont reçu aucune réponse de sa part et pendant ce temps :

– L’état de délabrement du bâtiment principal continue à se dégrader (fissures, étanchéité des fenêtres, toiture… Photographies à l’appui),

– Les classes continuent d’être accueillies dans des structures modulaires de type algéco en place depuis 19 ans qui ne sont plus étanches et subissent des infiltrations

– Le réseau informatique ne permet pas de travailler de façon satisfaisante (ouvrir une photographie numérique est une gageure) ; les travaux promis lors du dernier conseil d‘administration et qui devaient se dérouler sur le mois de février 2016 n’ont toujours pas commencé

Cela fait deux ans désormais que nous siégeons au conseil d’administration du lycée horticole et nous ne constatons aucun progrès quant à l’amélioration des conditions de la vie scolaire et des conditions de travail des agents municipaux dans cet établissement, mais plutôt une forte dégradation.

L’équipe municipale confirme la vétusté des locaux et pourtant rien n’est fait pour y remédier. Nous ne savons à quand remonte votre dernière visite au Haillan, mais nous pouvons vous certifier que la situation est grave et que l’équipe se sent abandonnée par la Ville.

Pour conserver le rayonnement de cette structure atypique et unique, dans sa mission de service public, la ville doit s’impliquer davantage et vite ! Il est urgent d’agir et d’investir !

La Ville de Bordeaux participe au consortium mené par le Grand Londres, sur le programme européen Horizon 2020 / Villes et communautés intelligentes (Projet Sharing Cities). Elle bénéficie d’une subvention européenne de 426.725 € destinée à collecter un maximum d’expériences issues des expérimentations innovantes faites dans les villes pilotes et permettre la sensibilisation des services bordelais concernés (séminaires, ateliers, stages, etc.). L’enjeu à terme pour Bordeaux est de pouvoir reproduire sur son territoire les projets pilotes l’intéressant, par exemple sur l’arc de développement durable. Même si c’est la Ville en tant que telle qui est partenaire du projet, on peut tout à fait envisager que tout le territoire métropolitain puisse en bénéficier à terme.

Pierre Hurmic intervient pour soutenir cette expérimentation européenne. Même si nous considérons qu’au vu de l’urgence climatique, l’heure n’est plus aujourd’hui à mener des expérimentations mais à agir à grande échelle.

Remonter