LGV le tube de l’été ? Pourquoi nous ne fêterons pas l’arrivée de la LGV 🗺

LGV Paris Bordeaux travaux chantier

Difficile d’échapper à la déferlante communicationnelle de l’arrivée de la LGV à Bordeaux. Pas un jour sans que la presse quotidienne régionale ne fasse l’éloge de cette ligne à grande vitesse tant attendue par les deux Alain (Juppé et Rousset) avec la même ferveur.

Permettez-nous quelques bémols à cette grande fête politico-médiatique :

Certes, la LGV mets Paris à 2h04 de Bordeaux, Angoulême à 35mn mais à quel prix ?

 

– Le coût du voyage

Les billets de train vont augmenter de 10 à 15 €[1].

L’arrivée de la LGV ne remet pas en cause le trafic aérien qui va s’intensifier pour concurrencer cette nouvelle offre[2].

La LGV va intensifier une offre de transport à deux vitesses : grande vitesse pour les riches et bus Macron de plus de 7h pour les pauvres.

 

– Le coût environnemental du chantier

Le chantier LGV a consommé entre 15 et 17 ha au kilomètre, soit entre 5100 et 5800 ha sur les 340 km de ligne.

À ce jour, 2.250 ha de surface de mesures compensatoires ont été validées par les services de l’Etat, sur un total d’environ 3.500 ha à compenser. Plusieurs associations soulignent que ni leur budget ni leur localisation ne sont à ce jour clairement établis.

En décembre dernier, Cosea et DTP, filiales de Vinci et Bouygues Construction pour la LGV, ont été condamnées à plus de 40.000 euros d’amende pour ne pas avoir respecté les règles fixées par le préfet d’Indre-et-Loire, dans le cadre de la partie du chantier dans ce département[3].

 

– Le coût du modèle économique

Le modèle autoroutier du partenariat public-privé (PPP) et, plus précisément, de la concession, a prévalu dans le montage d’un projet au coût global de 9 milliards d’euros, 7,8 milliards pour la LGV proprement dite et 1,2 milliard pour les aménagements, soit 130 millions d’euros chaque minute gagnée entre Bordeaux et Paris.

Le directeur de la SNCF M. Pepy considère déjà « que les perspectives de hausse du trafic sont dangereusement élevées, que trop de trains vont rouler (18,5 allers-retours par jour) au détriment de la rentabilité et que cette ligne lui fera perdre 90 millions d’euros dès 2017 » [4].

Seul le concessionnaire privé LISEA, filiale de VINCI, tirera des bénéfices de cette mise en service, sur une durée de concession exceptionnellement longue (50 ans), qui a été soigneusement négociée pour être à son seul avantage.

 

– Le coût social pour les Bordelais

L’arrivée de la LGV fait exploser le prix de l’immobilier à Bordeaux[5].

Les Bordelais ont de plus en plus de mal à se loger et quittent Bordeaux pour la périphérie, induisant une augmentation de l’étalement urbain qui contribue à imperméabiliser et bétonner nos sols. En France, chaque seconde, 27m2 de terre disparaissent sous le béton, soit l’équivalent du département du Loiret tous les 7 ans.

Les services publics locaux ne suivent plus, la municipalité est contrainte d’ouvrir des classes voire des groupes scolaires entiers en locaux modulaires temporaires.

Les piscines ferment les unes après les autres et la ville, acculée financièrement par des dépenses de prestige (nouveau stade, cité du vin…) n’a plus les moyens financiers d’assumer une offre sportive minimale pour ses habitants.

Pour l’ensemble de ces raisons, nous ne fêterons pas l’arrivée de la LGV.

Aujourd’hui, on veut prolonger la LGV au Sud de Bordeaux, mais on y serait déjà, depuis longtemps et pour beaucoup moins cher, avec un train qui roulerait à 250 km/h et qui mettrait seulement 8 minutes de moins qu’un TGV pour relier Bordeaux à Bayonne[6].

En s’acharnant à faire vivre un projet de LGV au Sud de Bordeaux, qui n’est viable ni financièrement, ni juridiquement, on perd un temps précieux que l’on pourrait consacrer à la rénovation des lignes existantes.

 

[1] http://www.sudouest.fr/2017/03/01/lgv-les-usagers-devront-debourser-15-euros-supplementaires-pour-un-train-paris-bordeaux-3239326-2780.php

[2] http://www.sudouest.fr/2017/04/13/concurrence-de-la-lgv-bordeaux-paris-hop-air-france-abat-ses-cartes-commerciales-3363310-731.php

[3] http://www.20minutes.fr/bordeaux/1979091-20161212-lgv-tours-bordeaux-chantier-desastreux-environnement

[4] http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/03/01/la-lgv-tours-bordeaux-premiere-ligne-ferroviaire-sous-concession-privee_5087446_3234.html#lycdyF5Kq0Aozoht.99

[5] http://www.sudouest.fr/2017/06/26/a-bordeaux-la-folie-des-prix-3562535-2780.php

[6] À la demande d’élus du Lot-et-Garonne, un cabinet indépendant, Claraco, a étudié  la modernisation des lignes pour permettre aux trains de rouler à 220 km/h au lieu des 320 km/h. Il faudrait seulement débourser 2,8 milliards d’euros entre Bordeaux et Toulouse (contre 5,9 milliards pour cette même portion de LGV). Et, comme les voies existantes sont plus directes, le trajet ne durerait que 6 minutes de plus.

A la une Communiqués de presse Dossiers Les partenariats public privé PPP Tribunes libres Urbanisation - Bordeaux 2030 Vos élu-e-s
Carte

Remonter