Non, les cyclistes ne sont pas nos ennemis ! Tribune libre – Delphine Jamet, conseillère municipale écologiste de Bordeaux

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A Bordeaux, le discours ambiant contre les usagers de la bicyclette est souvent alarmiste et empreint d’une haine irrationnelle.

Les cyclistes font peur aux autres usagers de l’espace public. Qu’ils soient piétons, automobilistes, conducteurs de camions ou de bus, tous, dans une grande majorité, ne sont jamais à court d’invectives contre les cyclistes.

Petit florilège de ce que l’on entend ou lit sur les réseaux sociaux ou sur les commentaires des papiers dont le sujet est l’usage de la bicyclette[1] :

« Ils nous enquiquinent avec leurs vélos.
Quant aux cargos ils seront moins à la mode quand un parent aura vu la tête de ses bambins écrasée sous un bus juste devant lui. »

« On va en voir un paquet des cyclistes avec des yeux au beurre noir ! Déjà qu’ils font ce qu’ ils veulent comme les motos, j attend de voir avec impatience celui qui restera devant moi à rouler à deux a l’heure sur une rue entière »

« il ne reste plus qu’à les écraser, non je rigole les pousser suffira »

« il est certain que ces carrioles sont plus que dangereuses et je ne comprends pas qu’elles ne soient pas interdites car les enfants n’ont pratiquement jamais de protection. J’en ai vu 3 dans la même….et ne peux que constater l’irresponsabilité des parents…. »

Et, on peut aussi évoquer les habituels : « le vélo c’est dangereux », « il faut être fou pour faire du vélo en ville », « il y a de plus en plus d’accidents »…

Enfin, pour Alain Juppé : « le vélo c’est l’anarchie, à Bordeaux, c’est devenu le far-west ».

Alors, qu’en est-il vraiment ? Faire du vélo est-ce vraiment dangereux ?

Pour répondre à ces questions, j’ai recherché les statistiques de la sécurité routière[2].

Les chiffres nationaux et départementaux montrent sans équivoque que, mis à part les transports en commun, le moyen de se déplacer le moins dangereux est la bicyclette !

En Gironde, on constate en 2017 que :

– les 11 piétons tués représentent 15 % des accidents mortels en Gironde : 8 sont dus à des collisions avec des véhicules légers et 3 avec des tramways. Aucun piéton n’a donc été tué par un cycliste.

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76 % des véhicules impliqués dans des accidents avec des piétons sont des véhicules légers ou des utilitaires. Seulement, 2 % de vélo sont impliqués dans un accident avec des piétons.

– La baisse constatée en 2016 des accidents corporels impliquant au moins un cycliste, se poursuit en 2017 (- 42%).

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Ces chiffres confirment, par ailleurs, que plus il y a de cyclistes sur les routes, moins ils sont victimes d’accidents.

– 2 cyclistes tués avec des poids lourds (angle mort), 4 tués avec VL/VU et 1 tué en solo.

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– Aucun enfant n’a été tué ou blessé dans un triporteur en 2017 et ce n’est jamais arrivé, sur Bordeaux Métropole !

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En conclusion, sur ces statistiques éclairantes de la sécurité routière en Gironde, on peut dire que :

– Les véhicules légers et utilitaires sont ceux qui restent les plus impliqués dans les accidents mortels et corporels des cyclistes et des piétons.

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– Les modes de déplacements les moins dangereux sont les modes actifs.

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Alors, oui il y a des problèmes d’incivilité, oui il est nécessaire que chacun respecte l’autre.

Mais, il est aussi indispensable de regarder la réalité en face et de cesser de vivre sur des ressentis et des idées reçues : les cyclistes ne sont pas dangereux pour les piétons.

Un article de novembre 2014, d’Olivier Razemon, présente 10 raisons pour lesquelles les cyclistes commettent des infractions au code de la route. « Sans vouloir excuser l’ensemble des comportements « à risque », on peut les expliquer »[3] et surtout il faut se rappeler que si les cyclistes font peur, angoissent les autres usagers, donnent l’impression de surgir de nulle part, ceux ne sont pas des fous suicidaires.

Pour remédier à ces idées reçues de nombreuses solutions existent.

A commencer par une vraie politique vélo, qui consisterait notamment à résorber l’ensemble des discontinuités cyclables de la Métropole, à achever le Réseau vélo Express (REVE) et à faire un marquage au sol digne de ce nom et cela avant 2020, comme annoncé dans le plan vélo de la Métropole ! Malheureusement, ces engagements ne seront pas tenus.

Par ailleurs, il est, aussi, urgent de lancer une campagne de communication à la hauteur des enjeux, non anxiogène et qui rappellerait les règles (sas vélo[4], zone 30 et contre-sens cyclables[5], zones de rencontre[6]…) et les bénéfices des mobilités actives.

Les incivilités des cyclistes (utilisation des trottoirs par exemple) sont dues  notamment aux infrastructures inadaptées.

Bien entendu, il y a des cyclistes irrespectueux comme il y a des piétons, des motocyclistes et des automobilistes qui se croient seuls au monde sur l’espace public.

Alors, cessons les invectives et partageons nos villes dans la bonne entente comme cela se fait dans de nombreux pays !

Les mobilités actives (marche, vélos, trottinettes non électriques) sont le remède à l’engorgement et à la pollution de nos villes, alors cessons de les voir comme des problèmes.

Delphine Jamet, conseillère municipale écologiste de Bordeaux

[1] https://www.sudouest.fr/2018/10/22/la-rue-ou-la-voiture-doit-rester-derriere-le-velo-5500798-2780.php

[2] http://www.gironde.gouv.fr/content/download/40661/280696/file/Bilan%20accidentalit%C3%A9%202017_Gironde.pdf

[3] http://transports.blog.lemonde.fr/2014/11/24/les-10-raisons-pour-lesquelles-les-cyclistes-commettent-des-infractions-au-code-de-la-route/

[4] Les SAS Vélo et infractions pour leur non-respect sont définis par les articles R. 415-2 et R.415-15 du Code de la route http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGIARTI000033842032 et https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006074228

[5] Pour rappel, depuis le 1er janvier 2016, lorsque la vitesse maximale autorisée est inférieure ou égale à 30 km/ h, les chaussées sont à double sens pour les cyclistes sauf décision contraire de l’autorité investie du pouvoir de police (Art. R. 412-28-1 du Code de la route) https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000030837215

[6] Zone de rencontre telle que définie par l’article R110-2 du Code de la route : section ou ensemble de sections de voies en agglomération constituant une zone affectée à la circulation de tous les usagers. Dans cette zone, les piétons sont autorisés à circuler sur la chaussée sans y stationner et bénéficient de la priorité sur les véhicules. La vitesse des véhicules y est limitée à 20 km/ h. Toutes les chaussées sont à double sens pour les cyclistes, sauf dispositions différentes prises par l’autorité investie du pouvoir de police. Les entrées et sorties de cette zone sont annoncées par une signalisation et l’ensemble de la zone est aménagé de façon cohérente avec la limitation de vitesse applicable. https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006074228&idArticle=LEGIARTI000006841274&dateTexte=&categorieLien=cid

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