Notre analyse du rapport sur la politique de développement durable de la ville de Bordeaux

Lors du conseil municipal du 23 novembre 2015 et à l’occasion du débat d’orientations budgétaires, la ville doit présenter un rapport sur la situation interne et territoriale en matière de développement durable.

Voici les commentaires de nos élu-es Pierre HURMIC et Delphine JAMET :
Depuis 2007, en matière de DD, la  ville de Bordeaux fait des efforts incontestables.
Bon nombre de services municipaux ont entrepris une vraie révolution:
Préservation de la ressource en eau, baisse de la consommation pour l’éclairage public,  réduction de la facture énergétique, politique zéro phyto, les graphiques sont éloquents.
Bordeaux serait donc la ville idéale et même « modèle ». Les nombreux prix et classements mis en avant régulièrement par cette équipe municipale sont du reste là pour le démontrer.
Et, ce document enfonce le clou mais en présentant un rapport sur le DD quelque peu en trompe l’œil. Encore une fois, nous n’avons pas la même présentation d’une année sur l’autre, parfois nous n’avons pas les données 2014, donc pas de moyen d’évaluer convenablement les évolutions et leurs indicateurs quand ils existent.
La bonne idée du baromètre comparatif initié l’an dernier tombe à l’eau cette année car le panel des villes comparées n’a pas pu être actualisé. La version présentée en conseil consultatif du DD contenait des diagrammes erronés à faire tomber un prof de mathématiques de sa chaise, je remercie donc les services d’avoir corrigé cela suite à mes remarques.
Monsieur le Maire, vous l’avez-vous même dit lors du dernier conseil consultatif du Développement durable : « on manque de données et d’indicateurs précis ! »
Vous vous êtes engagés depuis plusieurs mois avec : les Assises de l’énergie et l’appel de Bordeaux, la signature de l’appel de Nicolas Hulot « Osons », ou bien encore la déclaration commune des Maires des métropoles et capitales européennes pour le Climat. Sur votre blog, vous dites « Il ne s’agit pas d’une simple déclaration d’intention mais de l’affichage d’une profonde volonté politique où les clivages sont mis de côté »
On veut bien mettre de côté les clivages si les actions suivent vraiment les intentions, notamment en matière de transition énergétique du territoire, de mobilités douces, de politique zéro déchets, de végétalisation et de souveraineté alimentaire.
Je vais donc revenir sur 3 points qui me semblent particulièrement importants :
La végétalisation et l’agriculture urbaine
Les chiffres du panel montrent encore, même avec des chiffres non actualisés pour les autres villes, le retard de Bordeaux en terme de m2 d’espaces verts, d’arbres et de m2 de jardins partagés et familiaux par habitant. Bordeaux sauf erreur de ma part ne s’est fixé aucun objectif de végétalisation et je le rappelle le coefficient de végétalisation prévu dans le PLU3.1 ne sera appliqué à Bordeaux qu’à Claveau et sur l’OIN et n’est pas systématisé dans toute la ville ! A titre de comparaison, je vous rappelle que la ville de Paris s’est fixé comme objectif d’atteindre 100ha de toitures et de façades végétalisées d’ici 2020 dont 1/3 consacré à la production de fruits et légumes.
J’en viens donc à la question de l’alimentation : Bordeaux ville « bio ». Je ne souhaite pas minimiser les efforts et les actions qui ont été menés par le SIVU depuis plusieurs années mais de là à annoncer Bordeaux ville Bio vous en conviendrez que cela semble un peu exagéré. Un peu d’humilité ne nuit pas forcément  à la performance, au contraire elle permet de progresser et de s’améliorer. Car si 30% de bio dans les repas proposés par le SIVU c’est bien, on est tout de même très loin des 100% atteint par certaines collectivités. J’espère que vous conviendrez qu’il y a encore des marges de progrès conséquentes tant au SIVU que du côté des crèches municipales qui ne sont pas passées au bio. Nous le regrettons fortement et espérons que le futur cahier des charges sera modifié en conséquence. Et, je ne parle pas de la cantine des agents municipaux où les plats bios et locaux se comptent sur les doigts d’une seule main !
Enfin, pour finir mon propos je souhaiterai parler des mobilités douces : le rapport DD nous indique une augmentation de 241% de cyclistes dans les zones apaisées : cela prouve donc bien que la part du vélo est proportionnelle à la sécurisation des voies, et qu’il faut donc intensifier la sécurisation pour augmenter la part modale du vélo à Bordeaux (exemple des boulevards). Le graphe du baromètre actualisé suite à ma remarque montre aussi de façon flagrante la stagnation du nombre de km de pistes et bandes cyclables depuis 2012 à 197km ! L’objectif de Bordeaux métropole est de 247km d’ici 2020 quand Nantes Métropole est déjà à 485km, Toulouse métropole à 781 km et que la ville de Paris qui n’a que le double de superficie de la ville de Bordeaux est à 700km avec pour objectif 1400km d’ici 2020 ! On aimerait aussi que les km de pistes et de bandes soient bien distincts pour avoir une idée de la proportion des uns par rapport aux autres. Cela permettrait au maire de demander au président de la Métropole de faire de gros efforts pour sécuriser ce mode de transport. On voit aussi dans ce panel que les doubles sens cyclistes stagnent depuis 2013. Cela confirme bien que la généralisation des zones 30 n’a pas encore commencé et qu’elles se limitent encore aujourd’hui à l’hyper-centre de notre ville !!
Monsieur le Maire, ces quelques exemples montrent que vos politiques publiques pour la transition écologique de notre territoire ne sont pas à la hauteur des enjeux qui vont être débattus dans quelques jours à Paris.
Les constats, les études, les adhésions à de multiples chartes et les discours sont faits il convient aujourd’hui d’entrer dans l’action en passant la vitesse supérieure.
Les citoyens sont prêts, selon un sondage du mois dernier, pour 28% des français le changement climatique est une urgence absolue qui doit être la principale priorité́ des gouvernants et pour 41% une priorité́ à laquelle les politiques doivent porter plus d’attention.
La question qui se pose ici est : êtes-vous vraiment prêt à accompagner cette transition sans perdre plus de temps ?

Sur la part des énergies renouvelables à Bordeaux :
 la part d’ENR dans la consommation énergétique totale de la ville de Bordeaux est de 9.75% fin 2014, sachant qu’a été fixé l’objectif d’atteindre 10% dans le PCET 2012-2016.
 La progression de ce chiffre est principalement due à une progression du « mix énergétique national » c’est-à-dire de la part des ENR dans la consommation énergétique au niveau national qui est passé de 14% en 2013 à 19.5% en 2014.

Ce qui fait que la part de la ville augmente naturellement sans qu’elle n’ait aucun effort à faire d’elle-même.

San Francisco invente et devient la ville « zéro déchet », Copenhague, la ville « neutre en carbone », Barcelone, la ville « participative ».

A cet égard, notons que deux villes jumelées avec Bordeaux sont aux avant-postes de cette révolution urbaine :

– Bristol, s’est fixé pour défi d’être la première ville «de l’après-pétrole»,

– Munich est en train de réussir le pari de viser l’autonomie énergétique de son territoire, voire d’être une ville à énergie positive à l’horizon 2025.

Mais je citerai également le cas de Francfort qui veut baisser ses émissions de GES de 95% d’ici à 2050, et qui ne veut utiliser que des énergies renouvelables d’ici 2050.
Elle possède déjà  2 500 logements d’habitat passif sur le terrain énergétique.
La ville oblige, par exemple, les acquéreurs de ses terrains à construire des immeubles passifs.
Elle multiplie la pose de panneaux solaires en toiture  mais surtout lutte pour améliorer l’efficience énergétique.

La ville de Paris a récemment décidé que dès 2016, l’ensemble des bâtiments municipaux et l’éclairage public de la capitale seront alimentés par une électricité 100% renouvelable.
Pour ce faire, la municipalité a obtenu, fiscalité comprises, des prix inférieurs de 6,5% par rapport au précédent contrat, soit une économie de 2 M. d’ €.
Ce changement de fournisseur doit également permettre à la ville de réduire de 20 000 tonnes ses émissions de CO2.

Voilà quelques ambitions qui me paraissent parfaitement transposables à Bordeaux et vers lesquelles nous pourrions rapidement nous orienter.

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