Pour qui construit-on aujourd’hui à Bordeaux ? Notre tribune de septembre 2015

Ginko Bordeaux

La ville de Bordeaux offre aujourd’hui pléthore d’opérations immobilières : 5400 logements prévus aux Bassins à Flot, 4500 à Brazza, 3400 à Bastide-Niel, 2700 à Ginko, 7500 à Saint-Jean Belcier, 8500 sur Garonne-Eiffel dans le cadre d’Euratlantique…

Or, nous assistons depuis plusieurs années à une déconnexion croissante entre revenu des ménages et offre de logements à Bordeaux.
Le constat est alarmant : si la production de logements neufs est dynamique sur la métropole avec 9 100 logements produits en 2014, moins de 20% de l’offre correspond à un coût abordable de 2 500€/m2. Les prix de vente moyens des logements neufs atteignent 3 750€/m2 (parking inclus) en 2014.
Ainsi, en 2001, un ménage au revenu médian (1731€/mois en 2013) pouvait acquérir, sans apport personnel, un logement de 43m2 ; 12 ans plus tard, il ne peut plus s’offrir que 27m2 !
Autrement dit : seulement 1/3 des ménages de l’agglomération peuvent s’offrir un T3 de 70m2 à 2500€/m2, niveau qui correspond pour les promoteurs et les collectivités au coût de l’accession abordable.
Comment dès lors aider les ménages péri-urbains qui le souhaitent à revenir vivre en ville et permettre aux primo-accédants de s’offrir un logement abordable à Bordeaux ?
Une solution possible, proposée à Brazza par l’architecte Youssef Tohmé, est l’offre en « volumes capables » c’est-à-dire une enveloppe « vide » permettant au propriétaire d’adapter son logement à ses besoins. Malheureusement, ces « volumes capables » ont un coût supérieur à 2200€/m2 sans compter les frais d’aménagement…
S’il nous semble intéressant de développer ce type d’offre à prix abordable, dont le coût diminuera si la production se développe, seule une production importante de logements en accession sociale ou en locatif social permettra de répondre à la demande de logements à prix modérés. Tout en respectant une exigence de qualité permettant d’éviter les incidents du type de celui advenu cet été à Ginko (http://rue89bordeaux.com/2015/08/ginko-le-balcon-seffondre-les-reactions-tombent/).
Le taux de logements sociaux à Bordeaux est seulement de 16,33%. Alain Juppé a déclaré récemment qu’il n’arriverait pas à atteindre le taux de 25% de logements sociaux en 2025, imposé dans le cadre de la loi SRU.
Aujourd’hui, la ville de Bordeaux et la métropole se sont fixé l’objectif d’atteindre 35 à 45% de logements sociaux dans les nouvelles opérations d’aménagement.
Par comparaison, la ville de Paris a récemment acté la modernisation de son Plan local de l’habitat qui fixe à 60% en moyenne les surfaces produites affectées au logement social…
La construction de logements à prix abordable, comme le reste, est donc bien une question de choix politique.
Le marché de l’immobilier dans notre ville est aujourd’hui dynamique mais loin d’être suffisant pour répondre aux enjeux et aux besoins en logements décents et non énergivores des ménages des classes moyennes et défavorisées.

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