Brazza : notre contribution à l’enquête publique
Partager

Comme tous les projets urbains en cours à Bordeaux, le projet urbain de Brazza ne respecte pas le vivant en place, ni la faune, ni la flore, implantées localement depuis des années.

Concernant les logements, pour l’installation de ces 9000 nouveaux habitants, nous ne pouvons que valider la mise en place d’un réseau de chaleur par géothermie.

Bordeaux Métropole prévoit 55% de logements aidés, dont 25% en PLUS/PLAI, 10% de PLS[1] et 20% d’accession abordable à la propriété. Une nuance cependant : cette exigence deviendra-t-elle réalité ? Les projets des promoteurs affichent des prix allant jusqu’à 7 388 €/m² [2] ! Ce projet finira-t-il comme Bassin à flots avec un pourcentage important d’investissements type Loi Pinel ? Ces produits de défiscalisation ne sont pas la bonne réponse aux problèmes de logement, comme l’affirme un récent rapport de la Cour des Comptes.

Le projet prévoit également 22 ha d’espaces verts pour 20 ha actuellement. Cependant, là encore, on détruit des espaces boisés et lieux d’habitats d’espèces protégées pour planter des jeunes pousses qui nous feront de l’ombre, mais dans combien de temps ?

Nous ne nous opposons pas à la création de ce nouveau quartier mais encore une fois, nous avons des points de vigilance. Outre le risque d’inondation et la pollution des sols due à l’activité des anciennes industries (Soferti fabriquait des engrais chimiques jusqu’en 2008 et La Cornubia de la bouillie bordelaise jusqu’en 2005), nous mettons l’alerte sur deux sujets : la nature sacrifiée et la problématique des transports.

La nature sacrifiée

Le projet prévoit des rues et places minérales « à l’image du centre historique de Bordeaux »[3]. Si elles ont pour vocation d’être « les vrais lieux de vie du quartier Brazza Nord », sans arbre, cela va recréer des îlots de chaleur. Les rues qui « créent des espaces au caractère fort qui font une sorte de contrepoids avec les autres espaces extérieurs fortement paysagers », rencontreront le même problème, tout comme les bâtiments de couleur sombre qui capteront la chaleur.

Dans le diagnostic environnemental, 6 hectares de zones humides sont indiqués en 2011 (SOLENVIE/GEREA, 2011/2012). Dans le rapport de 2013 (SIMETHIS), on ne retrouve plus que 3000 m² selon le critère « végétation » qui n’ont pas pu être validés selon le critère « sols » du fait des travaux de dépollution (interdisant les sondages)[4]. Ces zones ont certes été transformées par les activités industrielles, mais est-ce une raison d’annihiler la zone des marais de bordure de la Garonne de Bordeaux-Bastide qui était une réalité jusqu’au début du XXe siècle ?

Enfin, un simple coup d’œil sur une vue satellite de l’état actuel du terrain nous montre une surface boisée dans le quart Sud-Est du projet (îlot appartenant à Vinci à l’angle rue des queyries et rue Joseph Brunet). Dans l’analyse environnementale on voit que c’est l’habitat de plusieurs espèces protégées comme la cisticole des joncs, la bouscarle de Cetti ou la rainette méridionale. En effet, la nature a repris ses droits depuis l’abandon du site par une industrie de céréales en 1989. Cette parcelle appartenant à Vinci Immobilier, nous demandons, dans le cadre de la Charte Brazza et de l’urbanisme négocié, la préservation de ce vaste îlot arboré.

La problématique des transports en commun

Plusieurs lignes de transport en commun en site propres sont prévues, comme la ligne Bassens-Campus ou la ligne Pont à Pont.
Aujourd’hui, plusieurs lignes de bus dont la liane 7 desservent le quartier mais cela se révèlera très vite insuffisant, au vu de l’augmentation du nombre d’habitants à Brazza et Bastide Niel. Au total, ce sont plus de 40 000 habitants qui sont attendus sur la rive droite dans le cadre des différents projets urbains en cours.

Cependant ces projets ont récemment été retardés par Bordeaux Métropole. Il y a donc un problème de calendrier. Les promoteurs immobiliers affichent des livraisons à partir de 2020, alors que le 1er bus à haut niveau de service arriverait aux alentours de 2023 (date de livraison du pont Simone-Veil), au mieux. Or il y a déjà des attentes immédiates sur ce secteur.

Enfin, sur la méthode, nous regrettons que l’enquête publique soit lancée a posteriori de la vente des terrains aux promoteurs immobiliers par la métropole.

Il est temps, selon nous, que les projets d’urbanisme évoluent et s’adaptent à l’urgence écologique et climatique !

Bordeaux, le 1er avril 2019,

Le groupe écologiste au conseil municipal de Bordeaux 

Pierre Hurmic et Delphine Jamet

 

[1] PLUS : prêt locatif à usage social, PLAI : prêt locatif aidé d’intégration, PLS : prêt locatif social

[2] https://www.selogerneuf.com/annonces/neuf/programme/bordeaux-33/141336153/

https://www.selogerneuf.com/annonces/neuf/programme/bordeaux-33/130022745/

https://www.selogerneuf.com/annonces/neuf/programme/bordeaux-33/139225435/

[3] p.213 du DAE de mars 2018

[4] p.110 du DAE de mars 2018