De la « Belle endormie » à « Label UNESCO » – Notre tribune de mars 2019
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Alain Juppé a redonné à Bordeaux un statut digne de son histoire que le classement UNESCO a confirmé. Nous ne procéderons pas à un bilan prématuré de la mandature d’Alain Juppé en cédant à l’outrance, celle de la béatification, ou celle du dénigrement.

Après le réveil de la « Belle endormie », grâce au tram et à l’aménagement des quais, qui ont marqué les premiers mandats, les dernières années ont été marqué par une série de grands projets : le grand stade, un nouveau pont bientôt deux, la Cité du vin… Pas tous très heureux.

De nouveaux quartiers ont vu le jour. Vont-ils bien vieillir ? Euratlantique connaitra-t-il le succès attendu ? Qui aura les moyens d’habiter à Bordeaux ? Que sera l’environnement urbain ?

En 2050, Bordeaux aura le climat de Séville, selon Hervé Le Treut, climatologue, membre du GIEC. L’urgence climatique est donc là : il n’est plus temps de tergiverser et les grands projets urbains en cours nous éloignent trop d’une ville « zéro carbone ».

Aujourd’hui, c’est cette ville « post carbone », une ville plus sobre, qu’il nous faut inventer, en révisant avec audace nos politiques d’intervention, en priorisant notamment la rénovation thermique du bâti, la promotion des mobilités douces et actives, la reconquête de nos espaces naturels, la lutte contre l’étalement urbain, le développement des énergies renouvelables…
Parce que nous assisterons demain à « une hiérarchie de la compétitivité écologique des territoires », comme l’a prédit Hubert Védrine.

Alain Juppé a trop souvent privilégié le choix du minéral. Parmi les 10 agglomérations françaises les plus peuplées, Bordeaux est l’une des plus pauvres en mètres carrés d’espaces verts par habitant : 28 m2 à Bordeaux, alors que la moyenne des 50 plus grandes villes de France en 2017 est de 48 m².

La métropole millionnaire était un concept fumeux. On ne peut continuer à agglomérer la population, à métropoliser la France, avec les dégâts collatéraux engendrés, à l’intérieur comme à l’extérieur des métropoles : temps perdu dans les déplacements, cadre de vie dégradé, pollution…

Le temps de l’élu bâtisseur, à la hussarde, comme l’a été Alain Juppé, est révolu.

Il faut passer du statut du maire bâtisseur à celui de maire co-constructeur, pour renouer et pacifier le dialogue avec le citoyen.

La société réclame moins de verticalité dans la prise de décision. Les nouveaux outils numériques facilitent un fonctionnement plus collaboratif.

La fonction de maire a changé, au maire jupitérien doit succéder un maire facilitateur. A la démocratie intermittente, rythmée par des échéances électorales, doit succéder une démocratie plus permanente, à travers, notamment, des budgets participatifs, des consultations directes des habitants, des projets d’urbanisation alternatifs soumis au débat…

De nouveaux défis attendent Bordeaux. Il nous appartient désormais de les affronter avec plus de créativité et plus de confiance dans l’intelligence et l’audace collectives.