La course au label Cit’ergie – Conseil municipal du 07/10/19
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Intervention de Pierre Hurmic :

« Deux observations, non polémiques. J’espère que vous ne les prendrez pas mal, Madame WALRYCK. J’essaierai de les dire sur un ton très posé. Je vous annonce la couleur.

La première, ne nous focalisons pas sur la politique de label. Le label, c’est une décoration que l’on peut solliciter, qui vient récompenser un certain nombre d’efforts accomplis. Beaucoup de villes ne jugent pas utile de profiter de ces labels qui sont surtout des outils de communication pour dire « Mais voyez ce que je fais. Je suis reconnu au niveau national et au niveau européen sur un certain nombre de critères. » Vous avez des villes qui ne sollicitent pas de labels, notamment dans ce domaine-là, qui ne sollicitent pas le label Cit’ergie dont vous vous félicitez, et qui ont des politiques environnementales, écologiques, dix fois plus performantes que la nôtre. Cela dit c’est un peu excessif, mais beaucoup plus performante que la nôtre. Je vois, par exemple, vous avez une ville comme Strasbourg qui n’est pas dans la course aux labels qui est quand même la 4e ville du classement des villes cyclables devant Bordeaux qui est 6, qui compte deux fois plus d’espaces verts par habitant que Bordeaux, qui propose des repas végétariens dans les cantines strasbourgeoises tous les jours, depuis de nombreuses années, etc., et j’en passe, et qui ne répond pas et qui ne sollicite pas des labels pour que sa politique environnementale soit reconnue, appréciée de ses habitants et voire même au-delà. Ce qui est intéressant pour apprécier les réussites d’une politique de développement durable plus que le label, c’est de savoir où en sommes-nous dans la trajectoire. Et cela fait plusieurs fois que nous vous demandons, par exemple, préoccupation qui est la nôtre et que l’on partage avec notre collègue Pierre de Gaétan et Douala, c’est « Où en sommes-nous sur la trajectoire de la réduction des émissions de nos gaz à effet de serre ? ». Nous savons que pour obéir la stratégie bas carbone ou la neutralité carbone en 2050 que nous nous sommes assignées, nous devons avoir régulièrement des rapports d’étape nous permettant de déterminer si oui ou non, nous nous situons dans une stratégie vertueuse de baisse de nos émissions de gaz à effet de serre. C’est cela que l’on aimerait savoir, Madame l’Adjointe, plutôt que savoir si on a ou non un label. Donc, nous restons encore sur notre faim pour connaître la trajectoire précise et les résultats précis de notre Ville, de notre Métropole, notamment sur ce terrain de la baisse nécessaire de nos émissions de gaz à effet de serre. Vous nous l’annoncez régulièrement, mais c’est comme la soeur Anne (référence à Barbe bleue), on ne la voit pas souvent venir…

La deuxième observation. Oui, excusez-moi pour la soeur Anne, je n’avais pas réalisé, c’était totalement involontaire de ma part, excusez-moi. La deuxième, c’est sur ce label Cit’ergie. C’est un label effectivement qui a été sorti, il y a quelques années, et qui a produit quelques résultats. La Ville de Bordeaux s’y est engouffrée assez vite, mais je pense que vous savez comme moi que ce label est de plus en plus considéré comme étant dépassé puisqu’actuellement, on réfléchit à un label qui sera remis aux villes durables et innovantes qui est actuellement en pleine construction. C’est le CEREMA que vous connaissez, c’est l’institut de recherche de la ville durable EFFICACITY qui ont présenté, au mois de juillet dernier, les fondements de ce nouveau label. Et le souci de ce nouveau label, à mon avis, est beaucoup plus exigeant que celui dont vous vous félicitez dans la mesure où il indique clairement, il ne s’agit plus de noter les villes, mais d’évaluer en quoi elles sont dans une trajectoire de développement durable. C’est cela qui sera la condition du nouveau label plutôt que tous les critères que vous nous avez rappelés tout à l’heure. Donc, il sera beaucoup plus exigeant. Il est indiqué, je cite, ce que veulent ces promoteurs, ils veulent établir « un référentiel qui fournira un repère pour aider les villes à se comparer entre elles. » Il intégrera des domaines d’actions de Cit’ergie, c’est-à-dire ce que vous avez rappelé, les domaines actuels, à savoir la planification territoriale, le patrimoine de la collectivité, assainissement, approvisionnement eau, énergie et mobilité, organisation interne, coopération/communication, mais aussi, c’est en ce sens là qu’il est aussi beaucoup plus exigeant, il intégrera de nouveaux critères gouvernance et  management, innovation, cohésion sociale, éducation, santé, culture/loisir, sport, résilience/sécurité, développement économique. Je pense que l’on a plutôt intérêt à s’intéresser à la mise en place de ce nouveau label. J’ai vu qu’un certain nombre de collectivités s’étaient un peu penchées sur ces conditions. Il sera beaucoup plus exigeant que Cit’ergie, beaucoup plus exigeant. Donc, je trouve que plutôt que de nous féliciter de répondre au label Cit’ergie, voire même de viser le Cit’ergie Gold comme vous l’avez rappelé, essayons d’être adaptés, de nous adapter très rapidement à ce nouveau label qui, lui, correspond davantage à ce que sont les exigences les plus contemporaines d’une trajectoire vertueuse pour arriver à nos objectifs de réduction des gaz à effet de serre. Voilà. Merci.

« Oui, mais je suis ravi de votre intervention, Monsieur le Maire, mais vous n’avez pas entendu le début de mon intervention. Je suis à 100 % d’accord avec vous. C’est vous qui nous présentez, aujourd’hui, une délibération vous félicitant du label Cit’ergie et vous félicitant de votre recherche du Cit’ergie Gold. Ma première intervention consistait précisément à dire : « C’est complètement dépassé. On veut du concret. » que vous avez rappelé, c’est pour les exigeants. Et la deuxième partie de mon intervention, mais je n’ai peut-être pas été clair, tant qu’à choisir et tant qu’à vous féliciter d’un label, prenez donc un label un peu plus exigeant, un peu plus contemporain, un peu moins dépassé que celui dont vous vous félicitez. C’est tout ce que je vous ai dit. »