Notre projet alternatif pour renaturer la Jallère
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Le quartier de La Jallère, à Bordeaux- Lac, est situé au Sud du Grand Stade, et s’étend jusqu’à Bacalan : 95 hectares, en partie urbanisés, mais en majeure partie en l’état de vastes zones humides et friches naturelles arborées.

Ce territoire est une zone tampon entre la ville dense et une ceinture verte naturelle et maraichère, réserve de biodiversité, dont l’évidence s’impose aujourd’hui malgré les atteintes d’une urbanisation diffuse.

Bordeaux Métropole a l’intention d’aménager ce site pour construire un quartier mixte, avec un habitat dispersé (2 000 logements – 20 logements/ha) et des locaux d’activité, bâtis dans des « clairières », tout en conservant les zones humides initialement menacées (https://bordeaux.eelv.fr/sauvons-la-jallere-notre-tribune-doctobre-2016/).

Sur un site dont 37 % de la surface sont déjà urbanisés, le projet prévoit d’ajouter 21 % de nouvelles surfaces imperméabilisées.

Le projet qui sera arrêté est un choix crucial pour dessiner le devenir de notre Métropole :

Deux options, opposées, sont en débat :

Option 1 : Urbaniser et artificialiser davantage le site pour implanter des activités économiques supplémentaires et des logements diffus.

Option 2 : Préserver et conforter l’un des derniers espaces naturels urbains, majoritairement public.

Malgré les efforts consentis pour assurer une qualité paysagère et environnementale du quartier, le projet proposé nous parait contraire aux impératifs climatiques et écologiques qui devraient s’imposer aux aménageurs.

Ces urgences exigent de suspendre toute artificialisation nouvelle des sols en privilégiant des implantations dans des secteurs déjà urbanisés.

Cette option permet de respecter le plan biodiversité du 4 juillet 2018 qui prévoit un objectif de « zéro artificialisation nette des sols » en France.

C’est pourquoi, nous proposons que Bordeaux Métropole renonce à urbaniser les parcelles de 40 hectares dont elle est propriétaire sur le site, quitte à densifier, si elle le souhaite, les parcelles déjà artificialisées.

Répondre aux impératifs climatiques et écologiques actuels impose de :

Renforcer le « poumon vert » du Nord de Bordeaux pour apporter davantage de nature, d’oxygène, et de biodiversité dans la ville et la métropole, grâce à un espace boisé.

Cette végétalisation de l’espace urbain assurera une séquestration supplémentaire de CO2 et créera un nouvel espace vert public dans une ville parmi les plus mal loties (28 m2 par habitant contre 48 m2 pour la moyenne des 50 plus grandes villes de France en 2017)[1].

Consolider une réserve écologique riche en faune et en flore locales, à la croisée de corridors écologiques avec la réserve naturelle de Bruges et la réserve des Barails au Nord (trame verte) ; la Garonne à l’Est et le réseau hydraulique des Jalles (trame bleue).

Le dossier d’étude d’impact, réalisé en février 2018, souligne le rôle écologique de cette zone : 23 habitats naturels ont été identifiés au sein de l’aire d’étude rapprochée (p.92).

Tandis que l’étude d’impact indique n’avoir pas identifié la présence de polluants majeurs pouvant nuire à la santé ou à l’environnement (p.51), l’étude des sols d’août 2018 précise que certaines zones, recouvertes d’une couche de remblai, sont polluées. Sur ces surfaces, la phytoremédiation pourrait être une solution écologique envisageable, déjà expérimentée par la ville de Bordeaux.

Respecter le rôle majeur de la zone dans la gestion du risque inondation.

Le dossier d’étude d’impact insiste, à plusieurs reprises, sur l’exposition du site au risque inondation par débordement fluvio-maritime de la Garonne, avec un aléa fort à très fort à certains endroits.

Il précise aussi que les sols présentent « une capacité d’infiltration fortement contrainte » (p.69).

Il préconise un aménagement qui devra limiter l’imperméabilisation des sols et s’interroge sur la prise en compte de ce risque dans le projet actuel (p.74).

L’espace non urbanisé et boisé de 40 hectares que nous proposons sera conforme au potentiel naturel de végétation, avec plantation d’espèces indigènes adaptées au sol et au climat, pour obtenir les meilleurs résultats en termes de croissance, de naturalité du milieu et de biodiversité.

Notre projet associe zones humides sanctuarisées, reforestation, phytoremédiation, vergers comestibles, et ferme urbaine.

Crédit croquis : Association Vergers urbains – MP

Cette proposition s’inscrit dans un mouvement mondial de renaturation des milieux urbains (New-York, Montréal, Leipzig, Budapest, Genève, Rennes, Caen, Rouen…).

La Ville et la Métropole de Bordeaux gagneraient à impulser, à cette échelle, une telle ambition, novatrice et exemplaire en France.

Ce projet alternatif, soucieux des urgences écologiques et climatiques actuelles, mérite d’être étudié avec la même attention que le projet urbain présenté par la Métropole.

Pierre Hurmic – Groupes écologistes de Bordeaux et Bordeaux Métropole.

[1] Source : Observatoire des villes vertes – Union Nationale des entreprises du paysage – Hortis. Palmarès des villes vertes (2017) : http://www.observatoirevillesvertes.fr/wp-content/uploads/2015/01/PALMARES-DES-VILLES-VERTES-VDEF.pdf