Viographie : féminisation des noms de rue à Bordeaux Sud
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13/07/21

[…] Par cette opération de viographie, nous pouvons orienter les dénominations de rues en hommage à certaines personnes qui, pour nous, ont été des marqueurs forts de notre histoire. Je parle ici d’histoire de quartier et plus particulièrement du secteur Armagnac sud, mais aussi d’histoire politique, scientifique, culturelle ou naturelle.

Nous avons été nombreux à réfléchir : associations, élèves, adhérents du Centre social de Bordeaux sud ou tout simplement citoyens. Ainsi, je vous propose quelques noms emblématiques pour nous sur ce nouveau quartier en construction. Des noms de femmes, majoritairement, pour ne pas donner suite au déséquilibre flagrant qui pèse sur la Ville de Bordeaux. 

Par exemple, la rue Germaine Cantelaube, qui a été une femme employée à l’école Belcier, et résistante du quartier pendant la Deuxième Guerre mondiale. Enfermée à la Caserne Boudet lors de son arrestation, elle est décédée à Birkenau en 1943. La rue Paul Peyrat, née rue de Lavaud, marin engagé et syndiqué à la CGT qui sera condamné par le Tribunal spécial de la Marine militaire et fusillé en mars 42 à la suite d’actes de résistance.

La rue Simone Rossignol, ancienne Maire communiste de Bègles, première femme Maire de l’agglomération bordelaise. Pour l’histoire, ce quartier était, par le passé, rattaché à la commune de Bègles, et les ponts avec la commune voisine sont toujours bien en place.

La rue Solange Fernex, militante écologiste, connue pour son combat en faveur de la paix où elle reçoit en septembre 2001 le Prix de l’avenir sans nucléaire. En 1984, elle participe à la fondation des Verts. Elle créera l’association « Enfants de Tchernobyl, Belarus » à la suite de la catastrophe de Tchernobyl. Présidente de la section française de la Ligue internationale des femmes pour la paix, elle s’éteindra en septembre 2006. Les plus anciens d’entre nous l’auront croisée.

Mais aussi des noms de rue en rapport avec la biodiversité menacée par nos activités humaines :

La rue des Pibales, alevins d’anguilles que vous connaissez certainement.
La rue des Cistudes, tortues d’eau douce menacées d’extinction, mais aussi la rue de la Linaire, plante bien répandue le long des esteys et champs girondins aujourd’hui menacée par les herbicides.
Plus politique, la rue de Maupassant en référence au Festival du quartier du même nom et qui accepte d’autres interprétations, notamment le lien entre l’école, la littérature et la correspondance.
L’allée du Solstice, le jour de l’année où le soleil est le plus éloigné de l’Équateur.
La rue Lavinia Fontana, femme peintre qui fait partie des peintres maniéristes de l’école romaine.
La rue Célestin Freinet, pédagogue français engagé à l’origine de la pédagogie Freinet.
L’allée Eva Hesse, pédagogue, sculptrice et peintre américaine d’origine allemande, du mouvement artistique Anti-Form.
L’allée Marianne Loir, artiste peintre française reconnue pour sa contribution majeure à l’art de la peinture à l’époque classique.
L’allée de l’Ars, du nom de cet estey que nous aurions aimé voir à ciel ouvert.
Le parvis Gattebourse en référence à la Halle de Gattebourse de la SNCF.

Pour finir sur une note musicale, le quartier Bordeaux sud a été pendant de nombreuses années moteur
en la matière, la rue Philippe Jolly qui fut un chanteur, auteur, compositeur, pianiste du groupe
emblématique de la scène rock bordelaise des années 80, Les Standards. En 1986, Philippe JOLLY
publiera un délicat album solo, « Figure de femmes et d’un petit bout d’homme », tout un programme
et les plus anciens s’en souviendront peut-être.

 

 

Olivier Cazaux